Non, ils ne raisonnent pas comme ça. Les gens des studios sont très gentils la plupart du temps. Mais leur vision du public est exclusivement démographique : il faut que les jeunes blancs soient contents, que les jeunes noirs soient contents, que les jeunes filles soient contentes, que les jeunes hommes soient contents, etc etc. C'est à dire qu'ils construisent un film en additionnant les publics et non pas en se référant à un public global. Regardez Les Infiltrés de Scorsese : le film dure 45mns de plus que la version de Hong Kong qui était parfaite, et pourquoi cela ? De toute évidence parce qu'ils voulaient développer le personnage de la fille. Sans ça, les seuls personnages féminins du film seraient des putes ! On imagine l'embarras des executives ! Ca marche comme ça aux Etats-Unis et on doit s'y plier. Mais dans mon cas ce n'est pas un grand sacrifice comparé à la liberté que j'ai eu. Ils m'ont foutu une paix royale.
J'ai cru comprendre que le studio ne vous avait fait quasiment aucun commentaire sur votre premier montage...
La première fois qu'on a présenté le film au studio, je m'attendais à recevoir dix pages de notes. Au moins. Au final, je n'ai eu qu'un seul commentaire à propos des accents irlandais de Sean Bean et australien de Radha Mitchell qui avaient tendance à trop s'entendre dans trois scènes. Et c'était tout. Samuel Hadida et Andrew Mason étaient abasourdis : ils n'avaient jamais vu ça ! Samuel venait de produire un film de Tony Scott, Domino, et ils s'étaient pris des dizaines de pages de notes. Alors que pour Silent Hill, qui est un produit apparemment plus "hard edge", rien. Bon, honnêtement je pense que le studio aimait vraiment le film, mais qu'en plus ils avaient une date de sortie bien définie, qu'ils ne voulaient rater en aucun cas. En me demandant trop de changements, ils pouvaient compromettre cette sortie. Et puis le film ne leur avait coûté que 14 millions...
Et comment s'est passé le passage devant la commission de censure ?
Trop bien ! C'était presque pour moi une déception ! Mon producteur, Samuel Hadida, avait très peur de quelques scènes du film, notamment celle de la mort de Cybil, la femme-flic. Je voulais pour cette scène un effet inoubliable qui montre sans détour une personne rôtir vivante sur un bûcher. Je voulais absolument éviter l'utilisation d'un mannequin. On a donc beaucoup travaillé avec les techniciens de Buf, le studio d'effets spéciaux français, pour recréer sur les images de l'actrice l'effet d'un poulet qui tourne sur sa broche. Quand Samuel a vu la scène, il était épouvanté : "Ca ne passera jamais, on est dans la merde, ...". Et puis il y avait aussi l'écorchage d'Anna, le viol de Christabella par des barbelés... On a quand même présenté le film tel quel à la censure canadienne... et le retour a été surprenant. La commission a jugé la violence du film... "acceptable". Et ce pour trois raisons : le récit ne se passe pas dans le monde réel (rires), c'est l'histoire édifiante d'une femme qui cherche à sauver sa fille, et il n'y a pas d'arme à feu. Enfin, il y a bien une arme à feu, mais elle ne sert à rien. En suivant ces trois principes, nous nous étions tracé une voix royale sans même nous en rendre compte. Par la suite, le film a été interdit aux moins de 14 ans en Angleterre, alors que là-bas n'importe quoi est interdit aux moins de 18... Et aux moins de 12 en France. La cerise sur le gâteau !
Donc aujourd'hui dans un film, on peut rôtir une femme, en violer une autre avec des barbelés et l'ouvrir en deux dans le sens de la longueur, du moment que ça ne se passe pas dans la réalité ou qu'il n'y a pas de flingue !
C'est bien la preuve que la censure ne sert à rien, que c'est totalement absurde. Tant mieux pour nous ! Je crois qu'au final le film n'a été coupé qu'à Singapour, pour des raisons de religion, mais c'est tout. A ce niveau-là, Silent Hill a connu une sorte d'état de grâce. Evidemment ça fait un peu sourire quand on voit les problèmes auquel vient de se heurter Saw 3...









